@Liang 07/09/2011
[sujet à modifications, c'est un premier jet]
LHDDT nous a fait savoir que la réalité a de nombreux facettes et qu’elle est très difficiles de les cerner. Nous avions déjà évoqué l’histoire de ce rêve de papillon d’où Zhuangzi qui nous dit, il y a deux milles ans, qu’entre le rêve et la réalité, la frontière est mince. J’avais promis de dire un mot sur cette chose, en rapport avec le Chan. Le voici.
Quand on parle de la réalité, il s’agit avant tout, de cette question de ce qu’est le réel, qui, lui-même, est de l’ordre de l’impossible à définir clairement, noir sur blanc. Hegel disait que le réel est rationnel – un rapport fait de nombres entiers -, oubliant qu’un fameux Grec a perdu sa peau lorsqu’il a découvert les nombres irrationnels. Afin de tracer une frontière dans ce qui est du possible dans le découvert du réel, Kant a ré-interprété la notion introduite par Descartes de l’entendement – faculté de comprendre par la raison humaine, c.-à.-d., fonction mentale qui au moyen des catégories coordonne les données de l’expérience, l’interprétation finale étant l’œuvre de la raison. Dans l’optique de Kant, il s’agit de donner un sens aux « choses » perçues par les humains – ce qui est réel doit faire sens.
Nombreux ont essayé de travailler sur la notion des catégories, sur la signification des choses, sur l’outil que nous dispose dans la représentation (ou description) du réel – la langue, au sens large du terme. Aujourd’hui, un retour à la source est en train de s’opérer, non seulement sur la méthode de découvert du réel, mais encore plus à l’amont, sur la signification des symboles – des signes perceptibles (sensibles) par les humains, sur la perception humaine.
En effet, le réel et la perception humaine sont deux choses inséparables. Un être humain normalement constitué, sans accident, est doté de la capacité de percevoir. Communément, les cinq sens physiques. D’autres pensent qu’il existe un 6ieme sens ou une voie mystérieuse qui par définition, ne peut être proprement dite par nos langues ou l’outil d’expression formelle, mais elle existe bel et bien, en Occident et en Chine .
Une chose (ou un état des choses) peut avoir un corps, une forme, ou non. Dans le cas où les cinq sens de tous permettent de le sentir, alors on dit que la chose est réelle – sauf pour des non privilégiés de naissance ou des borgnes volontaires. La science physique étudie ces choses-là qui composent le monde objectif, physique ou matériel.
Mais il y aussi certaines choses, directement non perceptibles, mais leurs effets sont bien perceptibles. Ce sont aussi des choses réelles. On les range dans ce qu’on appelle la subjectivité. Par exemple, la peur, elle est bien là et fait faire des cauchemars non seulement aux gosses, mais comment le qualifier et le quantifier ? Voir l’exemple de l’araignée de LHDDT. Un autre exemple est l’amour. Dont l’explication unique des biologistes, par les hormones, met une équation identitaire entre l’homme et l’animal. Tout de même, nous ne sommes pas tous des Dominique ou des Djack… Ou encore, une idée, est-elle réelle ou imaginaire ? Empire, État-nation, République, Patriotisme, …, ce sont des idées au départ, mais bien réelles une fois mises en pratique. Mais la perception de ces choses réelles, dépend énormément du lieu géographique et historique – du culturel. Ou encore, la volonté, le désire, l’amitié, etc.
Dans la même optique – le réel est ce qui produit de l’effet -, une croyance – par exemple Dieu -, est réel ou imaginaire ? Poussons le raisonnement jusqu’au bout, qu’est ce qui permet, clairement, de différencier le virtuel du réel ? Le pays des merveilles d’Alice, virtuel, imaginaire et inexistant ? Pourtant, il produit des effets bien réels et on raconte encore cette histoire aux enfants.
De ce constat sur le monde objectif et subjectif, on peut déduire que ce qui est réel, n’est pas une affaire aussi simple, avant de parler du réel, de la raison humaine, de la raison de Dieu, il est peut-être plus opportun de parler de la perception, de la sensibilité.
On connait en Occident l’utilisation des 5 sens et du raisonnement par l’esprit pour connaître le réel, du moins pour le monde physique. En Chine, c’est pareil. La seule différence, est dans la méthode – l’accent mis sur le monde de l’esprit (Occident, les idées, les concepts dans le monde dédoublé inventé par Socrate) ou sur le monde du sensible (Chine, le corps et l’esprit). Cette différence est bien plus flagrante concernant la compréhension des être humains. Pourquoi cette différence ?
L’influence du daoisme et du bouddhisme en Chine, comme le rôle de la Bible et les Grecs en Occident, y sont pour beaucoup. On sait qu’en Occident, on privilège l’esprit par rapport au corps, plus particulièrement en France, la théorie prime sur la pratique, c’est une conséquence de la notion de Transcendance absolue – un monde dédoublé. Mais en Chine, vue la non-séparation de l’esprit du corps, on ne privilégie ni l’un, ni l’autre. La notion du Chan qui est commune au daoisme et au bouddhisme, pourrait y donner une explication.
Dans Zhuangzi, il y a une phrase qui dit : toute chose partage le, ou vient du, même Chan (万物共禅). C’est quoi ce Chan ? Il peut être compris comme l’origine de toute chose – l’Ancêtre, la Matrice, le Pourquoi. Il est impossible, par les langages des humains, de l’expliciter. Par la méditation, en cherchant au plus profond de son cœur, cet état non pollué de formatage de la main des homme, on peut la comprendre et l’atteindre.
Le daoisme se donne plus dans la notion très voisine du Chan, celle du Qi (气). Si l’on emprunte un vocabulaire chrétien, et dans une explication « religieuse », ce serait : Dao est Dieu que l’on ne peut pas nommer ; le Qi est sa manifestation réelle dans le corps (énergie vitale) et dans l’esprit (souffle) ; le Qi primordial ou le souffle du Vide est l’âme (anima) commune à toute Vie. Le Chan, pourrait aussi être vu comme la Sagesse de Dieu qui est en chacun de nous, dans le langage chrétien.
La vision organique du cosmos – puisqu’il est animé -, fait aussi dire que chaque être humain – un micro-cosmos. Dès sa naissance, il possède un don de Qi primordial qui ne fait que décroitre tout le long de sa vie. Le respect de la vie, commence par respecter son corps. Le réalisé daoiste, est celui qui a réussi à se fondre avec le Dao par le biais du travail sur le Qi, de con corps, autour de lui, de l’Univers. Il ferait alors des voyages inter stellaire.
Le Chan bouddhiste (prajna) – Sagesse de Dieu, en terme chrétien -, fait référence à une notion de l’Esprit primordial que l’esprit de chaque être vivant, une fois purifiée de pensées désordonnées et/ou raisonnées, peut l’entrevoir et atteindre ce « lac de conscience pure ». Cet esprit pure, calme, serein, très similaire au « lac du Qi » des daoiste qui lui, se situe au bas ventre, permettrait alors d’atteindre le Chan. Si l’on le saisit et si cet esprit pur fond avec le Chan, c’est l’Éveil – l’on atteint la Sagesse de Dieu, on comprend tout.
Le mot, 悟 (wu4), composé de deux mots, le cœur et le moi (soi), désigne l’action (ou le cheminement) sur cette voie de connaissance mystérieuse de B. Pascale, qui va du cœur à l’esprit pour atteindre la Grande Connaissance – la Sagesse. L’apport du daoisme dans le bouddhisme, c’est l’Eveil instantané (顿悟) puisque, le Chan peut être atteindre à tout moment de la vie, selon les daoistes.
En en terme philosophique, le Chan peut se comprendre comme le « méta » de la métaphysique.
Ainsi, dans la manière de percevoir les choses, en plus de l’utilisation de 5 sens, en Chine, la méditation est aussi utilisée, comme chez les moines chrétiens. La différence est que la méditation est privilégiée par rapport à la Parole.
Il est inutile de continuer à essayer d’expliquer plus car on ferait alors de la « théologie ». L’important à retenir, c’est cette vision de l’origine commune et la non séparation de l’Un. Et au final, l’holisme sans Dieu en Chine.
Une des conséquences, primordiale, est que, de cette vision globale, organique ou unitaire – non séparation de l’esprit du corps – la primauté du Qi -, il résulte l’absence de l’Absolu ou de la Transcendance hors de l’univers. S’il y a transcendance, c’est dans l’immanence. Ce qui constitue un postulat de la pensée chinoise : ce à quoi l’on peut attribuer une quelconque valeur (sens) – le réel -, doit pouvoir la démontrer pratiquement, dans la vie, par des effets sensibles. L’absolu, le transcendantal ou le sublime perdent tout attrait pour la connaissance ou la sensibilité chinoises. Ils ne prennent de l’intérêt que dans les fantaisies de la littérature, mais ne peuvent être pris au sérieux dans l’ordre de la pensée et de l’argumentation.
Une autre explication de l’accent mis sur le sensible, est aussi due à l’écriture de la langue chinoise. Je l’ai déjà sommairement exposée dans un autre commentaire (je me sais plus où).














































Passé 1000 mots, je fais une pause..
Je m’étais fait cette reflexion :
Dans « Le tour du Monde en 80 jours », elle montre son tableau où on voit des chiens jouer au poker et lui de dire « Mais c’est impossible car les chiens n’ont pas de doigts opposables », elle répond « Bien sur que c’est possible », « Et où ça ? », « He bien : là !» dit-elle en montrant sa toile.
Celle-là, mais elle et plutôt du niveau du syllogisme
Que représente le carré à droite ?
Une vache qui broute dans un pré bien sur
Mais pourquoi on voit rien ?
B’en, si t’étais une vache et que t’avais mangé toute l’herbe, tu resterais dans le pré toi ?
ou plutôt, elle cède à la plus pure des logiques !
Moi, j’ai tout lu.. pour voir si j’ai tout bon, bien tout compris : Celle là aussi – c’est une pub qui passe en ce moment, des bonbons aux vrais fruits.
Dans un bal masqué, la fille danse avec un mec déguisé en robot, la tête en forme de boite de cassoulet. Elle lui retire son casque et des fruits tombent, sa tête est un ananas, l’ensemble du bonhomme dégringole de fruits.. de vrais fruits.
La pub souligne “avec de vrais fruits” (Mentos Squeez, musique : You You You You You de The 6ths)

1) .. où le surréalisme est donc bien réel, encore plus réel – pardon !
Ce qu’on s’emmerderait s’il n’y avait pas ça, si seul existait le réalisme.
2) Pour ce qui est de “Dieu”, c’est là un sujet fort délicat.En résumé : le fait de l’imaginer est-il nécessaire et suffisant pour qu’il soit ?
C’est un peu le bréviaire de certains théologiens..
Le fait que Nietzsche le zigouille, est-ce suffisent pour qu’il existe ?
Passés les syllogismes et autres jeux de mots, ce sont pourtant ces questions qui induisent la foi chez bon nombre.
1) On sait qu’en Occident, on privilège l’esprit par rapport au corps, plus particulièrement en France, la théorie prime sur la pratique, c’est une conséquence de la notion de Transcendance absolue – un monde dédoublé. Mais en Chine, vue la non-séparation de l’esprit du corps, on ne privilégie ni l’un, ni l’autre. La notion du Chan qui est commune au daoisme et au bouddhisme, pourrait y donner une explication.
voila une explication simple et consistante
2) Le daoisme se donne plus dans la notion très voisine du Chan, celle du Qi (气). Si l’on emprunte un vocabulaire chrétien..
merci pour la didactique mais elle est dangereuse si on prend ces comparaisons autrement que pour leur didactique, d’aucuns fervent chrétiens s’empresseraient dans le sens “Tu vois bien – même les chinois ‘croient’ en Dieu, dans ‘le notre’, le même que nous en somme.
Pas de gène là dedans, seulement une explication qui me semble bonne pour préserver le libre arbitre.
3) Le réalisé daoiste, est celui qui a réussi à se fondre avec le Dao par le biais du travail sur le Qi, de con corps, autour de lui, de l’Univers. Il ferait alors des voyages inter stellaire.
.. qu’on trouve aussi chez les hindous mais saupoudré de métempsychose.
4) d’atteindre le Chan. Si l’on le saisit et si cet esprit pur fond avec le Chan, c’est l’Éveil – l’on atteint la Sagesse de Dieu, on comprend tout.
Ca fait songer au gay çavoir médiéval, ou à celui de Wagner : quand, ignorant la Peur, tu tues le Dragon, que tu goutes à son sang, tu comprends enfin le ‘langage des oiseaux’ (références alchimiques).
Il faut être innocent ou peut être après un long cheminement “être arrivé à l’innocence”,à l’ouverture de la conscience absolue.
5) En voila une bonne conclusion :
L’absolu, le transcendantal ou le sublime perdent tout attrait pour la connaissance ou la sensibilité chinoises. Ils ne prennent de l’intérêt que dans les fantaisies de la littérature, mais ne peuvent être pris au sérieux dans l’ordre de la pensée et de l’argumentation.
Article perfectible ? Alors, tu transformerais LHDDT en une chaire d’université !
Pour le commentaire ‘perdu’, on va fouiner ..
Ici, un article un peu apparenté mais plutôt orienté langue, sur le site de Cédric
http://www.chine-chinois.com/blog-chine/culture-chinoise/pourquoi-les-chinois-ne-penseront-jamais-comme-nous/
quelques bonnes idées